Je ne sais plus comment être une bonne mère

« Nerveuse » est le mot que j’utiliserais pour expliquer ce que je ressens en ce moment. Je suis assise sur une chaise dans la salle d’attente de mon médecin. Je m’y suis assise tellement souvent, mais jamais avec une telle nervosité. Naturellement, il y a du retard et je sens ma nervosité atteindre le niveau maximal. Je songe même à partir ou à inventer un mal d’oreilles.

Je ne sais vraiment pas comment lui dire ce qui m’amène. J’ai peur d’être jugée, mal comprise ou encore pire, incomprise.

Je ne sais pas exactement comment tout cela est arrivé. Je ne sais pas exactement à quel moment le rire de mes enfants a commencé à me taper sur les nerfs. Pourtant, avant, il était si mélodieux à mon oreille ! Maintenant, il est comme des ongles que l’on fait grincer sur une ardoise.

Je ne sais pas non plus à quel moment je me suis mise à angoisser lors de mon retour à la maison. Mon nid familial si douillet s’est transformé en véritable maison de la torture. Mon travail est devenu mon oasis de paix, ma maison, un désert intraitable.

Mon cœur se remplissait d’amour lorsque j’entendais le mot « maman ». Maintenant, il se remplit d’agacement et de culpabilité.

Moi qui étais tellement fière d’être une maman, je veux maintenant quitter mes enfants, partir loin, pour me retrouver.

Tout ce qui se passe à la maison m’énerve. Le poids de la culpabilité me fait couler, malgré tous mes efforts pour rester à flots.

Je ne me reconnais plus. J’adorais être mère. Ma famille était ce qui comptait le plus pour moi. Maintenant, je me sens perdue, angoissée, coupable de ne plus être cette mère.

J’étouffe sous cette culpabilité chaque fois que je m’impatiente (maintenant beaucoup trop souvent). Je crie, j’exige.

La nuit, je pleure. Je suis devenue une maman monstre. Une maman que mes enfants ne reconnaissent plus. Une maman qu’ils en sont venus à craindre.

J’entends mon nom. C’est mon tour. Je panique. Je m’assois face à mon médecin. Dans un souffle rempli de culpabilité et de crainte, je lui dis :

« Aide‑moi, je ne sais plus comment être une bonne mère ! » Il m’écoute, sans jugement. Je me sens comprise. Avec beaucoup de compassion, il me dit :

« Tu es en burnout parental ! On va t’aider. Tu es toujours une maman merveilleuse mais fatiguée, et je ne te laisserai pas tomber. »

Un mois s’est écoulé depuis ce jour-là. Je vais mieux. Je suis une psychothérapie et je prends une médication qui m’aide. Je me retrouve. Je redeviens cette mère que j’aimais tant être.

Ce jour-là, le jour où j’ai décidé de consulter, a été le premier pas sur le chemin de la construction. Eva Staire

 



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