Désolée

Avec ma naïveté d’enfant, je te voyais si forte et éternelle. Quand je t’imaginais, je pensais toujours à la chance que j’ai de t’avoir parce que c’est grâce à toi que je suis ici.

Je suis tellement désolée de t’avoir prise pour acquis, parce que c’est le cas. Jamais et pour rien au monde, je n’ai voulu te faire de mal, et pourtant. J’ai grandi, j’ai développé des habitudes et j’ai oublié de te prendre en considération parce que pour moi, tu étais immortelle.

J’ai mis au monde un petit humain, puis deux. Les deux plus beaux jours de ma vie, qui ont éveillé en moi des prises de conscience, énormément de prises de conscience. Mon « je » qui m’habitait depuis ma naissance a laissé place au « nous » qui, lui, laissera place au « ils » puisqu’un jour, je ne deviendrai qu’un souvenir pour eux.

J’ai réalisé à cet instant que j’avais besoin de toi pour leur continuité. Toi que j’ai prise pour acquis durant beaucoup trop longtemps. J’ai compris l’ampleur de ma bêtise. Puis j’ai changé, j’ai adapté mes habitudes à tes besoins pour essayer de te préserver. En vain…

Je suis désolée, tellement désolée d’apprendre qu’il te reste environ deux ans avant d’atteindre ton point de rupture. Ça me rend si triste parce qu’au fond, j’ai besoin de toi pour assurer la survie de mes petits et petits à venir.

Désolée que tes colères soient de plus en plus fréquentes et dévastatrices.

Tu nous as donné une grande fête, on l’a transformée en open house et tu as perdu le contrôle de ce qui s’y passe. J’essaie de t’aider à y mettre fin à ma façon, à ramasser et à réparer tout ce qui a été détruit. À moi seule, c’est impossible que je puisse faire quelque chose de significatif. Cependant, si tous les invités de cette fête faisaient un petit geste, aussi minime soit‑il, ça pourrait t’aider.

Je te dois bien ça, et j’ose même parler au nom de tous : on te doit bien ça.

Je te promets de continuer à faire mon possible dans un monde où ça me semble parfois impossible.

Mais je tiens à répéter combien je suis complètement désolée, belle planète.

Désolée pour toi, désolée pour nous.

Marilyne Lepage



Commentaires

À voir aussi!