Ta honte de consulter, ma fierté de te voir ici

J’appelle ton nom dans la salle d’attente qui est bondée de gens.

Je te vois entrer dans mon bureau, la tête fléchie vers l’avant, les yeux qui cherchent à m’éviter, l’air épuisé.

Tu as probablement le cœur qui veut sortir de ta cage thoracique.

Je vois et ressens ta détresse, tes inquiétudes et tes doutes. Je peux discerner ton mal-être.

Et soudainement, des larmes se mettent à couler sur ton visage si pâle.

Lorsque de ta bouche, la voix tremblante, la gorge nouée, tu réussis à sortir difficilement quelques sons. Je réussis à comprendre ce qui t’amène ici.

Tu m’admets avoir honte de consulter pour cette raison. Tu m’avoues que jamais tu ne pensais te rendre là.

Tu te sens humilié.

Dans ton parler, tes mouvements qui semblent si douloureux et pesants, tes larmes qui coulent sur ton visage depuis la première minute de notre rencontre, sache que je te « feel ».

Je te regarde, je te laisse te confier à moi. Je veux que tu te libères de ces émotions qui pèsent sur toi… Ces émotions qui ont pris une trop grande place dans ta vie.

J’ai envie que tu voies en moi, non seulement l’infirmière que je suis, mais aussi, ma personne, ma capacité à te comprendre.

Celle qui s’est déjà sentie comme tu te sens présentement.

Celle qui est maintenant assise devant toi et te dit qu’on peut s’en sortir.

Je tiens à te rassurer, personne ne te jugera ici.

Personne ne se demandera ce que tu fais ici.

Nous avons au contraire, un immense respect pour toi.

Toi qui ce jour-là, as décidé que tu en avais assez de vivre sous l’emprise de l’anxiété, de la dépression ou de n’importe quelle maladie mentale dont tu souffres.

Tu es au bon endroit, n’en doute pas, n’aie pas honte.

Je suis heureuse que tu viennes nous voir. J’ai une grande admiration pour toi, pour ton courage, ta force.

Je sais que présentement tu te sens faible, fatigué et surtout que tu te sens mal à l’aise de venir nous voir. Tes pensées se bousculent, tu as envie de reculer, de partir.

Reste. Fais-le pour toi, pour tes amis, pour ta famille, tes enfants.

Crois-moi, dans un avenir rapproché, tu seras fier de toi comme je suis aussi fière de toi aujourd’hui.

Tu auras franchi une grande étape en sortant d’ici tout à l’heure.

L’étape de la résilience.

Tu entreras dans l’étape de la guérison bientôt et je veux que tu te souviennes de ceci.

« Chaque petit pas, aussi petit soit-il, est une grande victoire. »

J’ai hâte de te revoir dans quelques semaines, dans quelques mois…

Je suis impatiente de voir le chemin que tu auras fait.

Je sais que ça ira bien.

Aujourd’hui, je prends mon expérience pour te rassurer et te dire que tu as pris la bonne décision en venant nous voir.

Parce que moi aussi, j’ai déjà consulté. J’ai eu honte. Je me suis demandé si j’allais m’en sortir.

Je suis ici, devant toi et je t’assure que si je n’étais pas allée voir un médecin cette journée-là, je ne serais peut-être pas ici pour être fière de toi.

Isabelle Nadeau

 



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