Le jour où j’ai embarré mon fils dehors

« Je ne veux pas aller à l’école. » Cette phrase était notre pain quotidien depuis l’entrée de notre fils en maternelle. Une prière répétée CHAQUE soir, une rengaine servie CHAQUE matin. Même si son souhait n’était jamais exaucé. Même si, chaque matin, il finissait par endosser son rôle de parfait petit écolier. Tenace, il n’en démordait pas. Et comme un vieux disque rayé, il nous chantait toujours la même chanson. On avait juste droit à cette petite variation de temps en temps : « Je ne peux pas croire que ma vie est rendue juste ça. » Assez troublant pour que j’aie peur de le retrouver mort, un soir où je le cherchais dans la maison…

Nous avons traversé la maternelle ainsi. Accompagnés par son excellente enseignante… Espérant qu’il se fasse tranquillement à l’idée. Nous avons retrouvé notre enfant pétillant le temps d’un été reposant. Puis la première année nous est tombée dessus, comme une tonne de briques. Retour à la case départ. Nous avons osé espérer… « Peut-être qu’il s’adaptera plus vite à sa prof cette année? Après tout, c’est une vraie perle. » Mais non. Septembre et octobre moroses ont passé. Puis gris novembre est arrivé.

Un matin d’automne, mon garçon était prêt à quitter pour l’école, sur le bord de la porte. Puis, au lieu de me supplier comme d’habitude de son « Je ne veux pas aller à l’école », il m’a plutôt affirmé, d’un ton déterminé : « Je ne vais pas à l’école! » Dans mon esprit, l’option de le garder à la maison n’existait même pas. Super nerveuse, je lui ai répondu : « Mais bien sûr que tu y vas! » et je l’ai bousculé vers l’extérieur avec son gros sac et sa petite boîte à lunch. J’ai refermé la porte et BARRÉ LA PORTE.

Je me suis ensuite CACHÉE pour ne pas qu’il puisse me voir à travers la fenêtre et je l’ai écouté sangloter, hurler et cogner à la porte. J’ai vécu une des pires épreuves de ma vie de mère. Mon cœur était brisé. Mais encore pire, son cœur était brisé. Je l’abandonnais dans sa détresse en espérant qu’il n’arrive pas à laisser passer ce fichu autobus.

L’autobus est arrivé. Mon petit bonhomme a ramassé ses affaires et a couru rejoindre ses amis. Il est parti pour l’école et moi, je me suis effondrée.

J’ai rapidement entendu quelques coups discrets à ma porte. Que dire d’autre à part que j’ai des voisins extraordinaires? Mon voisin était là pour me réconforter : « Écoute, tu as fait la bonne chose. Ça va aller. Je m’en vais te chercher un café. » Oui, il avait raison. J’avais fait la bonne chose pour que mon fils se résigne à aller à l’école. Et son soutien valait tout l’or du monde à ce moment‑là. Mais j’avais trahi la confiance de mon fils. J’avais misé sur son puissant désir de me plaire pour le faire monter dans cet autobus. J’avais utilisé la force de notre lien, celui qui faisait qu’il continuait à me partager jour après jour que quelque chose n’allait pas, pour profiter de lui. Chose certaine, notre relation avait été mise à l’épreuve comme jamais auparavant.

À son retour de l’école, je suis revenue sur l’incident qui s’était déroulé le matin même. Je lui ai demandé comment il s’était senti de l’autre côté de la porte. Je l’ai écouté. À ce moment‑là, j’ai réellement été présente pour lui et à ce qu’il avait ressenti. Ça pouvait exister. J’ai essayé de réparer. Mais je lui ai aussi expliqué pourquoi j’avais agi ainsi. Quelles étaient les émotions qui m’avaient envahie, moi. Ma peur, principalement. La peur que si je n’arrivais pas à l’envoyer à l’école ce matin‑là, il refuse d’y aller tous les jours. La peur que l’école appelle la police. Parce qu’une maman qui n’est pas capable d’envoyer son fils à l’école ne fait pas bien son travail de maman…

Le lendemain, il n’a pas fait de crise. Je l’ai remercié juste avant qu’il sorte et il m’a répondu : « J’ai compris que je ne pouvais pas faire ça. » J’avais gagné. En théorie. Je le regardais monter dans l’autobus en me disant qu’il y avait quelque chose qui clochait dans toute cette histoire. Je me suis fait la promesse de m’informer plus sérieusement sur la loi et l’obligation de fréquentation scolaire. J’ai aussi contacté notre médecin de famille pour trouver l’aide dont nous avions grand besoin. L’histoire était loin d’être terminée…

Eva Staire



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