La dépression est en colère

Je ne tournerai pas autour du pot avec une intro cute qui amène mon sujet en douceur avec une p’tite touche mielleuse, non. J’vais juste vous le garrocher de même. Je vais juste cracher ma colère sur ce papier rempli d’appréhensions.

Ça parle un peu plus de maladie mentale ici et là depuis quelques années, mais j’te jure que les gens jouent plus la carte de la fake compréhension qu’autre chose. Ils sont juste pas prêts. Y a une belle masse d’amour sociale qui circule et qui publicise cette réalité, mais j’y crois pas vraiment, pas souvent. Aujourd’hui pas pantoute. J’suis vraiment en crisse aujourd’hui même.

Si la dépression était une discipline olympique, j’aurais participé pas rien qu’un peu. J’ai braillé tous les jours de l’année dernière. Mes glandes lacrymales sont rendues tellement musclées qu’elles pourraient traîner un autobus rempli de dépressifs. C’est ma deuxième dépression majeure en six ans. J’ai trente ans. Mais t’sais, ça arrive pas juste de même comme une malédiction. Pour moi, c’était écrit dans le ciel, mais j’ai rien vu arriver quand même.

Ma famille est touchée. Ça fait partie des fibres de l’être humain que je suis. Faut que j’arrête d’être en crisse après la vie parce que ça m’avance pas de me dire que j’aurais pu naître dans des conditions de vie beaucoup plus favorables au bonheur. J’aurais pu naître dans de plus grandes difficultés aussi, je le sais. Moi, j’ai hérité d’une maladie qui rend malheureux, qui des fois donne envie de s’arracher à ce monde, pis qui d’autres fois donne le goût de savourer tous ces morceaux de bien-être pur lorsqu’ils passent. L’effet montagne russe, you know ?

 

La vie est une roue qui tourne. La mienne est un cycle d’émotions qui teinte mon quotidien aux couleurs du moment. Comme le potage le midi dans les restos, tu fais avec ce qu’y a.

J’ai grandi avec beaucoup de tabous pis un jour, j’ai réalisé que c’était pas de même partout. Fallait cacher ça la dépression, et surtout les problèmes s’y rattachant. Ces tabous protègent encore ceux à qui ils profitaient et c’est bien là le principe d’un tabou. J’ai réalisé que ma vie était différente de celle de ben du monde à mon arrivée au secondaire, lorsque les amis sont toute notre vie et qu’on fusionne avec eux. Je me suis rebellée et je me suis rattachée à l’espoir. Je voyais ma vie comme une prison de laquelle j’allais un jour pouvoir me libérer. Sauf que c’était moi la prison. Huhu ! Et je suis partie vivre plus loin, dès mes seize ans. Et de plus en plus loin au fil des ans. Ces événements m’ont tellement marquée, cette violence et ces abus, qu’on dirait que j’ai eu un tag au fer rouge dans le front qui invite à l’abus. Je pourrais séparer cela en tomes tellement ma vie est parsemée d’histoires impossibles pour une seule personne…

Le fait est qu’à présent, je livre un combat avec les démons de mon passé, avec l’aide d’un copain en or et le soutien d’une petite poignée de gens en qui j’ai confiance.

C’est pas que j’aime pas les histoires aux fins heureuses, mais je trouve que ces histoires vécues sur la maladie mentale sont souvent livrées léchées et débouchant sur une guérison oh combien remplie d’espoir. J’suis peut-être juste jalouse.

J’avais surtout envie de te dire que je te comprends, toi et ta douleur impossible à décrire à ceux qui t’entourent, ton désespoir tellement intense que t’as de la misère à l’avouer aux autres, ton tourbillon noir qui t’embrume les idées. Je voulais juste être transparente, même si je me censure encore énormément. Faut trouver la meilleure recette possible pour soi-même et se permettre une bonne dose d’empathie. Des fois, les biscuits et la crème glacée à la vanille, ça aide, mais affronter la bête est plus difficile encore. Il y a un temps pour traverser les étapes de la guérison et apprendre à se déplacer sans tomber sur une mine.

Laurie Buckell

 



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