La marraine démissionnaire

Dans le temps où mon bedon rond (lire : gigantesque!) servait de berceau à ma fille, mon mari et moi avons passé des heures à discuter du choix de parrain et de marraine. Des membres de la famille? Un couple? Des amis? Des personnes qui habitent la même ville? Des personnes croyantes?

Nous avons opté pour des amis avec des valeurs à la bonne place. Des personnes qui faisaient partie de notre vie par choix. Le parrain du côté du papa, la marraine du côté de la maman. La grande demande a été émotive. Je me souviens de la réaction de la nouvelle « marraine-to-be » devant la question écrite au feutre sur le ventre de mon bébé : Veux-tu être ma marraine? Étonnement, questionnement, mais aussi joie immense. Elle savait l’importance de ce rôle pour nous.

Marraine aimait les bébés et leur odeur (sauf celle des couches, ce qui prouve que c’est une personne saine d’esprit!). Elle n’avait pas d’enfants, mais espérait en avoir un jour. Elle promettait d’aimer notre cocotte, pour le meilleur et pour le pire. De remplacer les cadeaux matériels par des moments complices et des activités spéciales. Nous lui promettions de notre côté de ne pas la considérer comme la gardienne de service, de ne pas lui refiler la petite les soirs de coliques ou à l’âge des fugues. Done deal.

Depuis l’accouchement, cette amie venait souvent nous rendre visite à la maison, mais nous savions bien que ce n’était qu’un prétexte pour catiner, même quand nous habitions en Alberta. Elle coiffait les cheveux de sa filleule, jouait avec elle, lui lisait des histoires. L’amour était sincère et bidirectionnel.
Il y a cinq ans, nous avons redéménagé au Québec, à quelques minutes de chez elle. Quelle joie pour l’amie en moi et pour ma fille, qui pourrait développer des liens encore plus serrés avec sa marraine. La bonne intention de cette dernière était présente : « Je vais l’inviter au cinéma! On va aller à la plage ensemble. Dévorer tous les livres de la bibliothèque municipale. Quand elle sera un peu plus grande, je vais l’amener dans cette boutique où on peut fabriquer nos propres bijoux ».
L’intention y était, mais l’action a pris le bord. En catimini, au fil des promesses non tenues, des rendez-vous décommandés, des appels non répondus. Sa marraine et moi travaillions ensemble tous les jours, mais un malaise s’est installé et a grugé la relation marraine-filleule. Nos chemins se séparaient.
Le moment de la confrontation est arrivé. « Ma cocotte me demande sans arrêt quand elle va revoir sa marraine. Tu lui manques et à moi aussi. »
Une lettre de démission en mauvaise et due forme. « Je préfère ne plus être dans votre vie. On s’est éloignées avec le temps. Je ne le fais pas par méchanceté, mais je ne ressens plus le besoin de vous côtoyer. » En filigrane, il y avait comme raison qu’avec quatre jeunes enfants, nous n’étions plus une famille souhaitable pour elle qui n’en avait pas. Nos enfants étaient trop intenses, trop jeunes, trop… enfants.
Sa décision nous a fait mal. Nous nous sommes sentis trahis. Son divorce en tant que marraine m’a fait douter de ma capacité à entourer mes enfants de bonnes personnes. Mais surtout, nous avions de la peine pour notre cocotte. Elle ne méritait pas d’être rejetée. Son estime personnelle était déjà si fragile, et vlan! Un contrat volontaire d’amour éternel déchiqueté. Au diable, l’engagement devant Dieu et devant la communauté.
Mon mari et moi avons pris le temps de discuter avec notre fille. De mettre la démission sur le dos des amitiés qui ne durent pas toujours. Des histoires d’adultes. Pas de sa faute à elle. Nous lui avons offert de prendre le temps, si elle le souhaitait, de se choisir une nouvelle marraine. Pas de contrat signé, pas de prêtre, pas d’eau bénite sur le front. Mais cette marraine-là, elle aime notre cocotte en intentions et en actions. Comme dirait une autre génération remplie de sagesse, il faut bien que les bottines suivent les babines!



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