Laisser aller nos pensées inutiles (ma technique P.I.P.I.)

Je pense trop. Je ne sais pas si un jour, je serai capable d’arrêter la horde de hamsters fous qui engorgent mon cerveau, mais pour l’instant, je dois faire avec. Oui, j’ai essayé le yoga, la méditation, l’homéopathie, les somnifères, la pleine conscience, les respirations. Mais à l’étage, ça continue à bavarder, souvent passée l’heure du couvre-feu. Et pas toujours gaiement. Alors en attendant, je dois continuer de m’armer de stratégies qui apaisent mon mental, sinon, c’est tout le corps et l’humeur qui ont la vie dure. Et mon entourage.

Mon problème (pas le seul, mais celui-là, il prend de la place), c’est que beaucoup de mes pensées sont 1- négatives et 2- vraiment pas nécessaires. Plus elles sont sombres et inutiles, plus elles ont tendance à se répéter ad vitam æternam, en quête désespérée de toute mon attention. Plus elles se répètent, plus leur message s’imprime en moi et qu’elles me font vivre des émotions et des sensations désagréables.

  • Elle est où, ma fille ? Elle avait dit qu’elle serait ici à 19 h, elle n’est pas rentrée. Et elle ne répond pas quand je l’appelle. À quoi ça sert un cellulaire si elle ne répond pas ? Je vais la texter… maudit autocorrecteur qui me fait faire des lapsus écrits ! Elle est où, ma fille ?

Et on recommence. La roue avec son hamster fou.

Un jour, j’ai décidé, sincèrement, que ces pensées-là me nuisaient et que je voulais reprendre le contrôle. Je m’épuisais, je ne dormais pas, j’étais à pic avec les gens que j’aimais (quand ça fait une heure ou des jours que tu lisses un scénario mental, que tu construis tes réponses comme si tu te préparais à monter sur scène, tu es 1- complètement à côté de la réalité quand la vraie interaction arrive et 2- plongée dans des émotions qui n’ont pas leur raison d’être, puisque la situation visualisée cent fois n’est pas arrivée). Et surtout, je consacrais à une activité néfaste une énergie et un temps que j’aurais pu mettre sur des activités qui me tenaient à cœur. J’ai décidé d’arrêter la spirale descendante.

Première étape : m’observer. Me rendre compte que la pensée qui m’habite est inutile et nuisible.

  • Elle est où, ma fille ? Elle avait dit qu’elle serait ici à 19 h, elle n’est pas rentrée.

Si ça fait une heure que l’heure de retour est passée, il s’agit d’une pensée utile. Cette pensée me fera agir : appeler le papa ou les amies de ma fille, faire le tour du quartier.

S’il est 19 h 05, wo les nerfs. Ce n’est pas parce que la ponctualité pour moi, ça veut dire d’arriver quinze minutes avant l’heure prévue que c’est le moment de sonner l’alarme générale.

Qu’est-ce que je fais une fois que j’ai la pensée inutile bien en mains ? Je la regarde dans les yeux (histoire de la reconnaître plus facilement quand elle osera encore se pointer le nez) et je dédramatise. J’enlève à la fois le drame qu’elle crée chez moi (l’angoisse, la panique intérieure, la colère, la frustration) et la culpabilité d’avoir encore une fois ce type de pensées. Si je me laisse aller à des « Bon ! Voilà ! Tu penses encore à des niaiseries ! Jamais capable de rester zen ! », je laisse libre cours à la reproduction intempestive des pensées inutiles et nuisibles. Le but : mettre un point final à leur fertilité pour laisser naître une imagination lumineuse et créative qui mène vers le bien-être et l’action.

Et c’est là que je crie (intérieurement… sinon les risques que je me fasse enfermer sont grands) : « Pipi ! » Je souris et je continue ma journée. Ou ma nuit.

Suis-je retombée en phase anale pour trouver dans les déchets corporels autant de réconfort ? Non. Je cherchais une façon simple et un peu humoristique de désamorcer mes pensées inutiles. Pensées Inutiles, ça fait P.I. Comme elles viennent rarement seules, ça fait P.I.P.I. C’est mon code, toujours accessible et facile à retenir, pour dire à mon cerveau de se calmer le pompon.

  • Non mais as-tu vu sa robe ? Trop de motifs, trop de couleurs, je ne porterais jamais ça !
  • Pipi !
  • Ah oui ! C’est une pensée inutile, rien d’agréable ou de nécessaire là-dedans. Si elle aime cette robe, tant mieux pour elle et moi, rien ne m’oblige à la porter ni même à la regarder. On passe à autre chose.

J’ai quand même des conversations intérieures, mais beaucoup plus courtes et plus légères. Elles se concluent le plus souvent par « Par quelle pensée utile et agréable pourrais-je remplacer ce que je viens de laisser aller ? » ou encore « Comment as-tu le goût de changer les idées en ce moment ? »

Ma prochaine étape ? M’exercer. Parce que la chasse aux P.I.P.I., c’est comme l’apprentissage de la propreté chez les enfants. Ça prend du temps et de la pratique, et il faut accepter de devoir ramasser les dégâts à l’occasion.

Nathalie Courcy

Pour vous inspirer:

La version longue et la version imagée (très utile pour les cerveaux surchargés et pour les personnes dont les capacités attentionnelles ne sont pas leur plus grande qualité):

Un essentiel à lire pour soi et aussi pour inculquer des notions fondamentales à nos enfants (qui en comprennent très bien le principe):



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