Lettre à monsieur Minassian

Cher papa,

Je t’ai vu, la semaine passée, poursuivi par les journalistes, les traits tirés, le regard vide.

J’ai ressenti un profond malaise. Lorsque tu berçais ton fils, lorsqu’il a fait ses premiers pas, tu étais loin de croire qu’un jour, il allait faucher la vie d’une dizaine d’innocents. Loin de penser que des centaines de personnes allaient en être affectées. Un tel geste laisse des traces, profondes.

Que te voulaient ces journalistes? Qu’espéraient‑ils? Une réponse? Une explication? Un coupable?

Donner la vie, devenir parent ne doit pas signifier soutenir tous les gestes de nos enfants.

Il faut être parent soi‑même pour le comprendre. Je voudrais mes filles si parfaites, hélas, elles sont loin de l’être… Au fond, qui l’est? Malgré tous mes efforts, elles commettent des impairs. Dois-je en être tenue responsable? Où est la limite?

Hier, je considère que les journalistes ont franchi cette limite.

Monsieur Minassian, je me permets de croire que vous avez toujours souhaité le mieux pour votre fils. Que vous lui avez enseigné ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Assurément, ce n’est pas vous qui étiez au volant de cette fourgonnette. Alors pourquoi vous pourchasser?

Bref, j’ai éprouvé de la compassion envers vous. On aime et on éduque nos enfants de notre mieux. Parfois, ça tourne mal.

Monsieur Minassian, je vous souhaite de trouver la paix puisque vous comptez aussi parmi les victimes.

On a parfois tendance à l’oublier.

 

Karine Lamarche

 



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