Lettre pour Nell

Salut ma peanut,

Deux ans. Deux ans déjà que papa et moi, nous t’attendions. Nous étions tellement contents quand tu es arrivée ! Malheureusement, ou heureusement, tu es arrivée en grand. À quatre semaines, j’avais déjà des symptômes. On ne pouvait pas s’imaginer que la joie indescriptible de voir enfin deux lignes bleues apparaître dans nos vies allait se transformer en notre première vraie peine d’amour. Maman est allée consulter, car malgré ta présence, elle n’avait toujours pas cessé de saigner. C’est à ce moment‑là que le docteur nous a expliqué trois possibilités :

  1. Tu ne grandissais pas à la même vitesse que les autres.
  2. Tu t’étais fait un petit œuf, mais tu ne t’y étais pas installée.
  3. Tu n’avais pas fini ta course et tu t’étais installée dans la trompe de maman.

C’est cette journée‑là que le plus long mois de notre vie a commencé. Prise de sang aux deux jours, douleur, excitation, doute, peur.

Lorsque tu as été assez grosse pour être vue à l’échographie, nous avons pu constater que malheureusement, tu t’étais fait un nid à la mauvaise place.

Le docteur nous annonce que nous allions devoir te sortir de là, car si tu grossissais trop, ta maison ne pourrait pas s’étirer comme tu voudrais et maman ne pourrait pas survivre. Il a donc fallu que maman reçoive une injection en espérant que tu t’endormes, que tu disparaisses. C’est la piqure qui m’a fait le plus mal de toute ma vie. L’aiguille était sur la hanche, mais c’est dans mon cœur que je l’ai sentie me piquer et je la sens encore de temps en temps.

Tu t’es battue, maman l’a senti. Tu t’es décollée de ton nid pour voler jusqu’à mon cœur et t’y faire une place pour toujours. Douleur extrême, autant physique que psychologique et émotionnelle. Je me suis sentie horrible de te faire ça quand toi, tu voulais simplement rejoindre nos vies. Je m’excuse tellement. Si tu savais comment j’ai trouvé ça dur de te dire au revoir avant même d’avoir pu te dire bonjour. Comment j’ai trouvé difficile d’annoncer à tes grands-parents qu’ils ne te connaîtraient jamais.

Pour papa et moi, tu resteras toujours notre premier bébé, notre premier espoir d’une vie de famille. Tu as été deux mois dans nos vies, mais tu resteras toujours dans nos cœurs et nos esprits. J’espère que tu comprends que je t’aime et que je t’aimerai toujours. Et que je m’en veux encore même si je n’ai pas eu le choix. Je sais que tu es là et que tu veilles sur ta sœur. Merci d’avoir fait le chemin pour elle et de l’avoir guidée dans nos bras.

Jamais je ne t’oublierai. Sache que pour moi, mars 2019 restera toujours le mois où tu ne viendras pas au monde.

Ta maman pour toujours

Anouk Carmel-Pelosse



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