Ma fille est Cendrillon

Ma fille est Cendrillon. Pas tout à fait mais presque. Il faudrait enlever le passage où la mère meurt et que le père se remarie avec la méchante belle‑mère.

La méchante dans notre histoire, ce n’est pas la belle-mère, mais moi, sa vraie mère. C’est vers l’âge de sept ans qu’elle a commencé à m’attribuer le rôle de tyran. C’était intermittent, je voguais entre le rôle de la meilleure maman du monde et celui de la pire.

Et là, elle a eu huit ans. Je suis de moins en moins cette super maman. Maintenant, je suis méchante presque en tout temps.

Si je ne lui permets pas d’aller chez une amie, si je ne lui permets pas d’inviter une amie, si je lui dis non pour la tablette, etc.

Elle se transforme en Cendrillon. Cette pauvre fille est malheureuse. Je ne comprends rien et je brise son avenir. Je ne fais preuve que d’injustesse (comme elle le dit si bien). Les mères de ses amies sont tellement plus hot et plus cool. Elles n’interdisent rien à leurs filles et moi, j’interdis tout.

Contrairement à Cendrillon qui partait tête baissée pour exécuter la tâche demandée, elle me donne droit à des crises spectaculaires, du boudage interminable, des répliques assassines.

J’ai une mini‑ado à la maison. Je me suis même surprise à lui sentir le t’sou de bras pour voir si elle puait. Ne me demandez pas pourquoi j’ai pensé à ça… je me pose toujours la question à ce jour.

Je me retrouve à faire plus de discipline avec ma huit ans qu’avec ma fucking four. L’argumentation est devenue son sport préféré et ça devient interminable. Elle a toujours raison, connaît tout et sait tout. Du haut de ses huit ans elle croit en savoir beaucoup plus que moi à trente‑neuf ans. Sorry girl! J’ai quelques années d’expérience de plus.

Je ne sais pas si c’est une préparation ou un avertissement pour l’adolescence à venir, mais je me demande si je vais y survivre. J’ai déjà l’envie presque incontrôlable de faire sa valise en lui disant : « Vas­­‑y chez ton amie, on se reparlera au bout d’une semaine! »

Elle s’apercevra bientôt que tout comme la fée des dents, les fées marraines ça n’existe pas et qu’elle devra vivre avec moi, sa marâtre de mère, encore un bon bout de temps.

Dans votre maison, y a‑t‑il aussi des Cendrillon?

Mélanie Paradis



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