Mon fils

Mon fils, mon petit homme. Je tiens à m’excuser. Je n’ai pas été la maman idéale pour toi. Durant ma grossesse, j’avais beaucoup d’anxiété, d’angoisse, de peur et de frustration. Pourtant mon cœur, tu es le rayon de soleil dans ma vie. Tu es tout ce que j’ai rêvé d’avoir comme petit garçon. Contrairement à ta sœur, ton arrivée dans ce monde s’est passée très calmement, très sereinement. Ton papa et moi avons même eu le privilège d’entendre ton premier cri lors de ta naissance.

Les premières semaines après ta naissance ont été merveilleuses, comme dans un rêve. Tout se passait parfaitement bien. Ton intégration dans la famille a été facile. Ta sœur t’adorait et te donnait sans cesse des câlins et des bisous. Je pouvais déjà voir que vos petits 21 mois de différences allaient faire de vous une équipe proche, solide et remplie de complicité. Malheureusement, ma tête a commencé à me dire des choses horribles. Mon corps a commencé à me lâcher. J’étais toujours épuisée. Je me disais que c’était normal, j’avais deux bébés à m’occuper et ton papa avait un horaire de travail très demandant à ce moment là.

Ensuite, tu es tombé malade, une grosse bronchiolite qui t’a obligé à rester 4 ou 5 jours à l’hôpital. Mon allaitement en a pris un gros coup. Ce fut difficile de repartir ma production ; pourtant, tu étais un champion au sein. Quand tu as guéri et que notre allaitement eut repris normalement, ce fut mon tour d’être malade. J’ai été opérée pour retirer ma vésicule biliaire. Une autre semaine sans toi, mon petit bébé d’à peine 3 ou 4 mois. J’avais beau tirer mon lait dans mon lit d’hôpital, ça ne calmait pas mes montées de lait.

Je suis sortie et on s’est battus ensemble pour reprendre la routine normale. Tu as commencé à faire de grosses crises de larmes. Nous ne comprenions pas ce qui se passait. Nous sommes allés voir ton pédiatre qui nous a dit que tu devais souffrir d’une intolérance aux protéines bovines. J’ai alors tout coupé dans mon alimentation, mais ça ne changeait pas beaucoup tes crises. Durant cette période, ton papa et moi avions commencé à nous chicaner beaucoup. Maman n’avait plus de patience, je pleurais beaucoup. Je ne comprenais plus ma tête. Des pensées me passaient dans la tête sans mon consentement.

Quand tu as eu 9 mois, ton papa m’a amenée en vacances 3 jours, juste lui et moi. J’ai tellement aimé ces vacances! Je voulais rester là bas. Je ne comprenais pas pourquoi je n’avais pas hâte de vous retrouver ta sœur et toi. Je me sentais tellement mal, je pensais que je ne vous méritais pas, que vous seriez tellement mieux sans moi. Sans mes crises de colère, sans mes crises de larmes, sans mes idées paranoïaques. J’avais tellement l’impression de gâcher votre enfance.

Au retour des vacances, tu avais commencé à boire du lait maternisé et du même coup à faire tes nuits. Faut dire que toi, à 9 mois et demi, je t’allaitais encore aux 2 heures jour et nuit. Un soir, je me suis chicanée très fort avec ton papa, parce que je voulais reprendre l’allaitement, mais ton papa ne voulait pas. Il m’a dit que je devrais peut-être prendre un rendez-vous avec mon médecin de famille, qu’il ne me reconnaissait plus. Je l’ai écouté et j’ai appelé mon médecin. J’avais rendez-vous deux jours plus tard. J’ai été diagnostiquée avec une dépression post-partum majeure.

Je ne me suis jamais sentie aussi mal de ma vie. J’avais l’impression d’avoir tout échoué avec toi. Que je t’avais fait souffrir plus que personne d’autre au monde. Je t’avais constamment dans les bras, collé contre moi. Nous étions en symbiose. Je suis convaincue que je suis en partie responsable de tes crises de colère.

Tu as maintenant 4 ans, je suis officiellement guérie depuis peu. Tu fais d’énormes crises de colère et je ne sais pas comment t’aider. Je sais que c’est ma faute, tu as ressenti tout ce qui se passait en moi.

Je m’excuse mon petit homme, mais je te promets de t’accompagner tout le long de ta vie et de t’aider avec toute la force, l’amour que j’ai en moi. Ensemble, ton papa, ta sœur et moi allons t’aider à calmer cette colère.

Je m’excuse mon cœur. Je peux te promettre une chose, c’est que maman n’a jamais rien voulu d’autre que ton bien. Je t’aime tellement que ça fait mal. Je t’aime mon Émile.

Cindy LB



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