Ode aux mouches et aux ouaouarons

Je déteste les mouches mortes écrapoues par terre. Ça m’écœure tout autant que les vers de terre imbéciles qui sortent sous la pluie et qui crament sur l’asphalte. Ça pue la mort, ça me fait friser les orteils.

Mais, mais. Le zzzzz des mouches dans une maison, bien que fondamentalement gossant, me rappelle mes nuits en colonie de vacances (et la fois où j’étais entrée par accident dans le dortoir des gars pour demander mon chemin… alerte générale !), mes soirées sous la tente, mes marches sur les sentiers d’hébertisme. Bref, ça me replonge dans mes souvenirs danielboonesques (oui, c’est un mot) où seuls la nature et le bonheur importaient.

J’ai grandi en campagne. Derrière la maison centenaire de mes parents, un immense champ dont la seule fonction était de faire pousser des cadeaux pour les mères (c’est-à-dire des fleurs sauvages). On observait les oiseaux (rien de plus beau qu’un rouge-gorge qui cueille son ver de terre pour nourrir ses petits !) On courait après les papillons juste pour voir jusqu’où ils nous amèneraient. On se servait de la sève des plantes pour coller nos bricolages. On passait nos soirées à décoller les pic-pic des chardons sur nos vêtements.

Derrière le champ, qu’y avait-il ? Une forêt. Qui, je crois, n’appartenait à personne. Maintenant, les bouts de terre qui n’appartiennent à personne et sur lesquels on a le droit de s’aventurer sans permission se font rares. J’ai grandi en allant me promener dans ce champ et dans cette forêt, raquettes aux pieds ou motoneige aux fesses. Bizarre que j’étais, j’allais passer des heures dans le bois pour y écrire mon journal. Oui oui, en plein hiver.

Ado, j’ai eu l’idée tout aussi bizarre de fuguer. Pas longtemps. À quel endroit me suis-je réfugiée ? Dans le bois. Même chose quand j’ai fui un hôtel miteux à Chypre parce que j’avais un mauvais pressentiment : j’ai dormi à la belle étoile au milieu de la forêt, seule. C’est là que je me sentais le plus en sécurité.

Alors voulez-vous bien me dire ce que je fais en ville ? Ben vous savez, les bureaux du gouvernement sont… en ville. Et ça adonne que c’est là que je travaille. Alors, go pour la ville. Heureusement, j’habite Gatineau, dans laquelle les rivières, les forêts, les lacs, les pit‑pit ailés et la nature sont bien présents. En dix minutes de voiture, je suis rendue dans le Parc de la Gatineau ou à la plage. Quarante minutes et je n’entends plus les klaxons urbains. Je n’entends que le coassement (intense, ma foi !) des ouaouarons.

La semaine dernière, c’est ce que j’ai fait revivre à mes enfants. C’est ce que je me suis permis de revivre, comme un ressourcement. La nature, les parfums d’arbres, les multiples teintes de vert et de bleu, la simplicité d’une vie en forêt. J’étais si heureuse de pouvoir présenter à mes enfants la couleuvre dont il ne faut pas avoir peur. Le splash d’un poisson qui sautille à la surface du lac. La sérénité d’une journée de pluie sans jeux vidéo (que j’ai baptisée une journée « relaxe-patate »). L’horaire « pas d’horaire » qui fait qu’on se lève à la fin des rêves et qu’on se couche quand le feu est éteint et les Smores digérés.

Un jour, je retournerai vivre loin de la civilisation (que dis-je ! Dans une civilisation naturelle !) et des bruits urbains. En attendant, je veux continuer de faire des saucettes en nature, seule et avec mes enfants, pour leur faire connaître autre chose que le quotidien qui est le nôtre présentement, pour leur faire aimer et respecter la nature, pour prendre ce temps précieux avec eux, avec moi.

Nathalie Courcy

 



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