« On est des jumelles. »

Suite à notre déménagement, ma plus jeune a commencé à fréquenter un nouveau centre de la petite enfance. Cette transition a donc amené son lot de rencontres. De nouvelles éducatrices, de nouveaux locaux, et bien sûr, de nouveaux amis.

Ma fille apprenait donc à connaître les nouveaux enfants avec qui elle partagerait son quotidien. Le soir, elle revenait en nous parlant d’eux : «Maman! Je suis chanceuse, moi! Dans mon groupe au CPE, y’a que des filles!» Ma petite princesse était aux anges. «Maman, j’ai tellement hâte de te présenter Dulcy. Tu vas voir, on se ressemble tellement elle et moi! Dulcy et moi, on est des jumelles!» Je trouvais ça fascinant de la voir s’intégrer si rapidement dans son nouvel environnement. La maman que je suis était bien fière de la voir s’épanouir et se faire des amis.

Un soir, dans le vestiaire, je remarque que le manteau de Dulcy est encore accroché sur le casier voisin. Ma fille s’emballe et me dit que je vais pouvoir enfin rencontrer sa jumelle! On arrive dans le local. Ma fille commence à me présenter les filles de son groupe, parce qu’effectivement, il n’y a que des filles cette année. Et avec le plus grand sourire du monde, elle prend Dulcy par les épaules et me la présente.

Dulcy est haïtienne. Elle vient d’arriver au Québec avec ses parents. Elle est noire. Ses cheveux bouclés sont domptés par des tresses. Elle ne peut pas être plus à l’opposé physiquement de ma fille, qui est blanche comme neige et a des petits cheveux fins et raides. À ce moment‑là, leur pureté à toutes les deux m’a éblouie. Amusée, je leur demande pourquoi elles sont des jumelles. Ma fille répond : «Dulcy, elle court aussi vite que moi!» Et Dulcy la complète : «Et en plus, on aime le poulet toutes les deux, on est pareilles!» Elles se tiennent par les épaules et se font un dernier câlin avant de partir.

Je suis partie ce soir‑là avec un sentiment incroyable de fierté. Ces enfants‑là, ils ont compris quelque chose que bien des gens ne saisissent pas encore. Parce qu’on s’en contrefout de la couleur de la peau du voisin. Ses traits physiques ne font pas de lui qui il est. On se définit par nos actes, nos choix, nos intérêts. Et apparemment, nos enfants de quatre ans pourraient l’enseigner à bien des gens…

Ces deux petites filles‑là, elles ont compris que si on a du plaisir ensemble et qu’on peut partager un bon repas en se parlant à cœur ouvert, ça s’appelle de l’amitié. Et que c’est tout simplement ça qui devrait rassembler tous les peuples de la Terre.

Plusieurs pessimistes vont dire qu’elles sont encore naïves, innocentes, et que la réalité les rattrapera en grandissant. Moi, je refuse de penser comme ça. Au contraire, je pense que ce sont ces enfants‑là qui feront grandir et changer notre société et pas l’inverse. Ce sont elles qui, en grandissant, montreront au monde que l’amitié n’a pas de couleur.

Je continue d’espérer que nos enfants jetteront à terre des barrières invisibles qui existent depuis trop longtemps. Je continue de rêver à leur avenir. Je veux imaginer des gens heureux, qui partagent un bon repas, peu importe où sont nés leurs ancêtres. Je veux imaginer une tablée diversifiée qui pourra fêter à la fois la fin du Ramadan, la fête du Québec, le Nouvel An chinois et Noël tous ensemble. Une tablée de gens qui prônent l’amitié et le respect des autres. Et surtout, je continue d’espérer un avenir où nos enfants devenus grands sauront se réjouir pour le voisin, juste pour partager son bonheur avec lui.

Parce que nos filles ont raison. Si on court aussi vite et qu’on aime le poulet, ensemble, on pourra changer le monde.

Joanie Fournier

 



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