Et si on faisait une trêve mon enfant, mon adulte en devenir…

Tout ce que je voudrais te dire, ce n’est pas ce que je sais car je suis passée par là. Non, ce n’est pas ce que je souhaite te dire. Je sais que tu n’as pas envie de t’associer à moi. Tu n’as pas envie de penser que l’on se ressemble. Que tes expériences, ton vécu à toi est mille fois plus intense que par où je suis passée au même âge que toi. Que tu es plus hot, à ton âge à toi que moi au mien. Je sais tout ça. Et tu as raison. Et c’est pour cela que je t’invite à poursuivre cette lecture. Il n’y aura pas de remontrances. Il n’y aura pas de comparaisons. Je te le promets. Je te le jure. Je veux juste de la paix entre nous deux. Que nous nous apprivoisions pour pouvoir continuer d’être ensemble et non l’un contre l’autre.

C’est vrai qu’en dedans de moi, je crois tout savoir de toi. J’ai parfois (beaucoup) tendance à m’imaginer que mon vécu me donne le droit de décider à ta place. De supposer ce qui est bon pour toi. Mais t’imaginer avoir mal ou te faire du mal me brise le cœur. Ce que tu crois être un contrôle sur toi, sur ta vie, n’est en fait qu’un soutien de ma part.

Mon travail de parent, je l’ai fait lorsque tu étais enfant. Maintenant que tu entres dans ta vie d’adulte, j’aimerais juste t’y accompagner. Te soutenir dans tes étapes. C’est ma façon à moi de sentir que tu me considères encore. Que ma job n’est pas finie. Tu sais, être parent, c’est aussi accepter que ce l’on a de plus précieux au monde puisse nous échapper des mains. Glisser, se fracasser. Mais être parent c’est aussi être là pour rafistoler, remettre en état. Être présent. Être juste là quand ça ira mal.

Tes premières fois… ce ne sont pas juste celles de ta petite enfance que j’ai observées. Tes premiers pas, tes premiers petits (ben oui!) pipis et ouin, tu comprends ce que je veux dire! Il y a eu aussi celles de la cour d’école. Tes premières chicanes avec tes amis. Mon Dieu que j’avais le cœur en miettes pour toi. Si j’avais pu aller dans cette satanée cour d’école et sermonner tous les enfants présents, j’y serais allée. Mais je devais te faire confiance. Te regarder à distance, t’accompagner avec mon cœur. Cet accompagnement nous servirait à tous les deux pour plus tard. Moi pour me détacher et toi pour progresser dans ta vie. Je le savais, toi non… mais tu as appris de cette expérience. Appris à savoir juger les situations. Appris à appréhender, à discerner le bon et le mauvais. Appris à te faire confiance.

Tes premiers échecs amoureux… ça m’a déchiré le cœur de te voir aussi anéanti. Je le savais que ça finirait par passer, mais ce n’était pas ce que tu voulais entendre. C’était l’amour de ta vie. Que tu ne pouvais plus rien sans cet amour. Je le savais qu’il y aurait un autre amour à ta portée. Mais bon. Je me suis faite discrète. J’ai retenu ma respiration à maintes reprises pour te permettre à toi de souffler. Ton attitude d’amour meurtri n’était pas toujours facile à vivre ou supporter. Mais c’était ma façon à moi de te montrer ma compassion. Vivre ta peine intensément pour te permettre de passer au travers des autres que la vie mettrait sur ta route.

Maintenant, tu entames tes derniers pas avant de sauter à pieds joints dans le monde adulte. Tu es constamment dans le moment présent. Tu oublies parfois qu’il y a un « après ». Qu’il y a des conséquences. Je ne suis pas là pour te dire quoi faire. Juste te rappeler de prendre en considération que le « après » peut parfois faire mal. Qu’il importe de vivre intensément le moment présent, mais que ton futur deviendra à son tour ton présent, et que si tu prends parfois la peine t’y projeter, tu l’allègeras, tu le vivras avec moins de conséquences. Je serai là, comme toujours.

Mais dis‑moi pourquoi, lorsque tu te retrouves littéralement dans la merde par‑dessus la tête, mes conseils sont réconfortants, rassurants et dignes des meilleurs à vie. Pourtant, lorsque je tente de t’en glisser un mot avant que tu te retrouves enseveli, tout ce que je dis, c’est de la foutaise? Pourquoi mon jugement est considéré pour te sortir de la merdouille et non pour te guider avant d’y tomber? Au lieu de ne voir que du contrôle dans mes mots, vois aussi ma main tendue.

Je sais qu’un jour, nous nous rejoindrons dans nos pensées. En attendant, je reste là à te regarder prendre de l’expérience. Tes expériences. Je vais continuer à te tendre la main. Je ne serai jamais bien loin.

Je t’ai élevé, mon enfant, en croyant que ce que je faisais pour toi te permettrait encore et toujours de devenir meilleur dans les étapes de ta vie. Même lorsque tu croyais être seul, j’y étais. Je gardais en moi l’unique objectif qu’un jour, tu aurais tous les apprentissages en bagages pour les surmonter seul. Je t’ai tenu la main pour gravir les marches des apprentissages. J’ai marché à tes côtés, jour et nuit. J’ai pleuré en silence pour toi, pour moi, pour nous deux. Tu es une extension de moi.

Lorsque tu me cries de te « sacrer patience », sache que ma tête comprend, mais que mon cœur est sourd à ces mots. Et si, dans le respect, nous nous trouvions un code de « limite »? Tu sais, un code qui te ferait sentir respecté dans ta vie et moi, respectée dans mon accompagnement et pour la personne que je suis.

Je sais qu’au‑delà de ce que tu me laisses entrevoir, tu apprécies tout de même que je sois là et que je t’aime. Car oui, de l’amour, il y en a et il y en aura toujours.

Mylène Groleau



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