Parlons changements corporels

Maternité et changements corporels… un sujet déjà souvent abordé. Alors, pourquoi choisir d’en rajouter? Parce qu’à travers ce qui est véhiculé et partagé, je trouve peu de nuances. Surtout, je sens qu’on ne peut pas vraiment en parler.

Certaines perdent du poids tellement rapidement que leur allaitement est remis en question ou que leurs proches s’inquiètent d’un trouble alimentaire. Certaines le vivent bien, d’autres non. Il y a celles pour qui les changements diffèrent d’une prise de poids; vergetures, bassin élargi, seins plus gros/petits/bas/pendants/mous/tout est possible, peau en trop sur le ventre, cheveux qui frisaient et ne frisent plus ou l’inverse, peau modifiée, etc.

Bien que la variation de poids soit ce qui paraît le plus et qui est le plus difficile à accepter, c’est plus complexe que ça. En fait, rares sont les femmes qui ne doivent pas apprivoiser leur corps modifié par les grossesses. Celles à qui on répète qu’elles sont si chanceuses, qu’on jalouse plus souvent qu’autrement sans trop de subtilité, doivent, elles aussi, vivre avec un corps qui n’est plus le même : du mou ou du surplus qui n’est pas aux mêmes endroits qu’avant, des vêtements dans lesquels elles entrent peut-être encore, mais qui ne leur vont pas nécessairement aussi bien qu’avant. Bien qu’on ne puisse être contre une vie saine et active, ça ne suffit pas toujours. Car après la maternité, c’est généralement beaucoup plus à gérer et à accepter que des livres en trop. Beaucoup de ces modifications corporelles ne se règlent pas en mangeant bien et en allant s’entraîner.

En plus de devoir apprendre à s’accepter, il faut malheureusement y arriver seule. C’est très difficile d’en parler sans se faire simplement répondre : « Ben voyons, arrête! T’es belle! » Parce que quand on entend certaines personnes commenter les choix alimentaires ou le poids des autres, ça nous enlève souvent le goût d’aborder la question avec elles. Parce qu’on sait bien que derrière la phrase toute faite pour changer de sujet, il y a fréquemment un jugement. Tout le monde a son opinion sur les méthodes les plus efficaces pour être plus mince et plus ferme.

Cependant, c’est si complexe à vivre pour beaucoup que nous devrions pouvoir en parler librement et être simplement écoutée. Sans qu’on nous coupe avec un compliment un peu vide par malaise ou avec un conseil déplacé. Juste écoutée. Parce qu’on peut considérer ça difficile sans être complexée ou se trouver laide pour autant.

Oui, oui, c’est possible de se trouver belle, de croire qu’un kit nous met particulièrement en valeur, mais de ne pas oser porter certains vêtements parce qu’on se trouve moche dedans. C’est possible de se trouver vraiment hot d’avoir donné la vie, mais vraiment poche de ne pas encore pouvoir sauter sur un trampoline avec ses enfants. C’est aussi possible d’être véritablement fière du poids perdu, mais d’être découragée parce que ça ne va pas assez vite à son goût.

C’est complexe et rempli de contradictions, et on devrait pouvoir en parler avec nos proches si on en a envie et ne pas le faire si ça ne nous dit rien. Ça ne devrait pas être un sujet tabou parce que ça fait partie de la maternité. Je me considère bien entourée par ma famille et mes amies. Je suis de celles qui créent des liens facilement et qui tente de les entretenir du mieux qu’elle le peut, qui parle de tout sans gêne.

Néanmoins, ce sujet-là… il passe rarement, met mal à l’aise, crée des jugements, rapporte à soi, alors que ça ne devrait pas. Je sens que je peux aborder ces préoccupations avec seulement trois personnes : mon chéri-mari et nos deux précieuses, choisies comme marraines. C’est tout. Je suis chanceuse de les avoir et j’espère leur dire assez, mais certaines ne sont capables d’en parler à personne, et c’est encore trop peu.

Il y a peu de temps, à travers ces réflexions, ces préoccupations, ces inconforts, je me suis rappelé que mon corps a donné naissance à deux êtres humains merveilleux et le fera sûrement encore; que malgré mes poumons usagés d’asthmatique, j’arrive à courir, danser, sauter et jouer avec eux, et ça c’est hot en titi. Que le regard de mon homme me renvoie l’image d’une femme désirable, pas seulement celle d’une maman, et que ça m’aide à me trouver belle. Que j’ai pu allaiter mes bébés autant que je le désirais et, ça c’est une autre chose très cool que mon corps fait. Il me permet aussi de goûter, danser, jouer, ressentir du plaisir, me sentir vivante.

Tu peux avoir des objectifs à atteindre, vouloir perdre du poids ou être plus en forme, et être fière de toi. Les sentiments contraires peuvent cohabiter. Trouve-toi hot. Tu es la seule personne qui vit avec toi tout le temps. Sois fière de toi quand tu mets tes espadrilles même si tu n’as pas encore atteint le bon nombre de kilomètres. Tu peux travailler fort pour t’y rendre et savourer les efforts nécessaires pendant, pas juste après.

Si une femme aborde ce sujet, écoute‑la.

Des fois, souvent, ça dépend, on oublie que notre corps est notre ami. C’est bien de se le rappeler plus souvent qu’autrement.

Jessica Archambault

 



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