Petits fantasmes magiques d’une femme enceinte: confession hormonale

Mon mari a un métier qui traditionnellement vient de pair avec une absence saisonnière du nid familial. Il est marin, et est donc en mer de six à huit mois par année (pas consécutifs, heureusement!) Je suis donc la même période seule à la maison avec les enfants, le chien, le chat, le poisson bêta (ou plutôt LES poissons bêta, car je suis incapable d’en garder un vivant plus longtemps qu’un mois et demi!)… et, présentement, avec ma bedaine de femme enceinte.

Et qui dit bedaine de femme enceinte dit HORMONES de femme enceinte[1].

19 h 30. Je couche mes enfants. Pour occuper mes soirées dont l’ennui et la mélancolie peuvent parfois être la base, je navigue sur les internet. Un bon jour, je suis tombée sur une émission qui met en scène des illusionnistes, des magiciens. À force d’écoute, je me suis rendue à ce qui m’apparaissait comme une évidence fatale (à moins que ce ne soient mes hormones et mes hormones seules qui aient tiré pareille conclusion?)… Damn, c’est sexy, des magiciens! Ils sont charismatiques (pas le choix pour pouvoir nous envoûter et nous berner), ténébreux, détenteurs d’un savoir inaccessible… et (tant qu’à en parler, allons-y à fond) ils sont habiles de leurs mains! De quoi émoustiller et stimuler l’imagination de la mère au foyer monoparentale saisonnière tout hormonale que j’étais!

L’un de ces prestidigitateurs m’est particulièrement tombé dans l’œil et a carrément fait surgir de sa latence la petite adolescente de treize ans qui capote un peu trop sur les gars de Mixmania qui sommeillait en moi depuis une quinzaine d’années. Ses jeux d’apparition et de disparition de pièces de monnaie ou de cartes me faisaient rougir comme une fraise en saison, glousser comme un dindon en rut et baver comme un St-Bernard déshydraté en pleine canicule. Mais c’était surtout son sourire, aaaaaah, son sourire! qui me faisait tant craquer que je vivais sous la menace constante d’accoucher prématurément sous le choc brutal de la vue de cette bouche en amusement!

Il faut dire que, malgré mon ravissement, je n’étais pas bien du tout dans cette situation. D’abord, il faut savoir que je m’autocensurais beaucoup. Ainsi, lorsque je fantasmais, je ne m’imaginais pas de « grossiers » actes sexuels sans complicité, sans préliminaire, sans le moindre effet de clair-obscur. Je m’en tenais surtout à crier dans ma tête YÉÉÉ CUUUUUTE! Dans le « pire » des cas, je me suis peut-être brièvement imaginé flirter avec lui et l’embrasser, mais mon cerveau crashait indubitablement passé cette étape, comme le vieil ordinateur surutilisé d’un étudiant sur le point de graduer. Vous me direz peut-être que puisque je n’imaginais pas de scènes sexuelles avec mon muse, mon histoire n’a rien à voir avec l’hypersexualité parfois caractéristique de la grossesse. À cela, je voudrais répondre que la sexualité est bien plus complexe et englobante qu’un simple pénis qui pénètre des orifices (par exemple). Dans mon cas, ici, c’est surtout la question du désir de l’autre qui est sollicitée : de l’hyperdésir.

Je ne me sentais donc clairement pas libre dans cette fantasmatisation. Je me sentais mal d’avoir hâte de coucher mes filles le soir pour partir en quête de vidéos et d’images de lui en ricanant comme une gamine. Je me sentais ridicule d’avoir développé tout un système d’annotation des moments où il m’apparaissait plus hot que jamais (5 min 34 s wow son souriiiiire, 12 min 3 s il passe sa main dans ses cheveux, je bave!) Une vraie groupie cruche pas de vie, quoi!

Mais, surtout, je me sentais coupable face à mon mari. D’autant plus que, lors de son dernier séjour à la maison, je n’avais pas été des plus chaleureuse sous la couette, étant alors nauséeuse en début de grossesse. Fantasmer sur un autre que lui (qui plus est, alors que je portais son enfant) me donnait l’impression désagréable de lui être infidèle. Ce qui est bien sûr d’une absurdité déconcertante! Un nombre écrasant d’hommes (et de femmes aussi, il faut le dire) se masturbent en regardant des porn stars sur internet sur une base quotidienne sans qu’on crie à l’adultère, alors pourquoi est-ce que je ne m’octroyais pas le droit de virer un peu gaga pour un énigmatique magicien?

Enfin, j’étais loin d’être en harmonie avec tout ça. En huit ans d’amour, jamais mon esprit n’avait vraiment erré vers un autre homme que MON homme. Bien sûr, il m’est arrivé de prendre connaissance du charme de certains damoiseaux croisant mon chemin, mais le temps que je formule dans ma tête Tiens, voilà un beau gars que déjà, il n’existait plus pour moi. Pour me faire vivre une « première », il aura fallu que mes hormones de mi-grossesse et le manque de mon chéri fassent un pacte avec le diable, déguisé pour lors en intrigant illusionniste. J’ai par ailleurs cru, durant un instant certain de folie, qu’il n’était pas en fait un magicien, mais plutôt un hypnotiseur, ou un genre de Fantôme de l’Opéra contemporain. My power over you grows stronger yet… The Phantom of the Opera is there inside your mind…

Au sommet de l’aliénation mentale, j’ai confié mon terrible secret à une amie reconnue certes pour son ouverture, mais d’abord et avant tout pour sa légendaire franchise. Je lui ai montré des vidéos de la source de mes divagations quasi orgasmiques, et lui ai posé une question dont la réponse avait le potentiel de me damner : suis-je en train de virer folle? Mon amie a, en l’espace d’un instant, analysé la situation et m’a fourni une réponse que je n’espérais pas, même dans mes rêves les plus fous — même dans ceux avec le magicien en question!

Non Véro, tu n’es pas folle. Tu es enceinte et tu t’ennuies de ton mari, que tu recherches visiblement à travers tes fantasmes, parce que, sérieux, je trouve qu’il dégage quelque chose de ton chum… Un je-ne-sais-pas-quoi que ton mari a…

Sa réponse m’a déculottée! Je n’en revenais pas, j’étais bouche bée. Je n’avais jamais vu la chose de cet angle, mais je n’ai eu d’autres choix que de m’incliner devant mon amie et sa grande vérité. Mon beau mari et le sexy magicien avaient effectivement une bonne quantité de points communs fort repérables lorsqu’on n’est pas affligé d’un terrible sentiment de culpabilité comme je l’étais.

D’abord, les cheveux de l’illusionniste ressemblaient beaucoup à ceux de mon amoureux à nos débuts; tous les deux ont un beau sourire qui vient plus souvent qu’autrement de pair avec le gonflement d’une petite veine du front lors de moments d’hilarité (sooo sexy!); ils ne sont pas très grands tous les deux; ont une préférence marquée pour la même couleur de vêtements; sont tous les deux geeks à souhait…

Bref, fantasmer sur ce bel inconnu a débouché sur un renouvellement de mon amour et de mon désir pour mon mari. Ça m’a rappelé ce qui m’a attirée, m’attire et continuera de m’attirer chez lui. Je ne me sens donc plus aussi coupable de télécharger les émissions du beau magicien que pour admirer sa petite veine popper out de son front quand il rit. Je soupire alors d’aise et j’envoie des ondes amoureuses à « mon bel amour navigateur ». Et j’avoue bien humblement sentir ma chaleur intérieure se calmer le pompon. Je trouve toujours le magicien mignon, mais il ne me fait plus foncer dans les murs comme une poule pu d’tête! Ouf!

Alors, trinquons au cocktail hormonal!

Véronique Foisy

[1] Bon, je ne suis ni obstétricienne, ni sage-femme, ni sexologue, mais apparemment que la libido fluctue énormément durant une grossesse. Si de façon générale elle se tient plus tranquille durant le premier trimestre pour cause de nausées et durant le troisième pour cause d’inconfort, le deuxième trimestre, quant à lui, est souvent vécu comme un affranchissement. Un tas de femmes, emplies de volupté par leurs nouvelles courbes, se sentent alors comme des déesses éthérées. En plus de l’augmentation potentielle de la libido, apparemment que le désir sexuel peut même être intensifié par une plus grande circulation sanguine dans la région canoniquement impliquée dans une relation sexuelle hétérosexuelle : notre bon ami le vagin.

 



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