Pleurer au dernier

La Marie-Madeleine pleureuse en moi est bien cachée. Habituellement. Je m’exprime plus par les mots que par les larmes. Mais cette semaine, au moment de voir mon petit dernier partir en rang avec sa nouvelle enseignante de maternelle, j’ai versé une larme. Ok, deux.

Après quatre enfants, on s’attendrait à ce que je connaisse la routine. Pour la connaître, je la connais! Par cœur même. Tellement que j’ai pris toute la semaine de congé pour amortir l’impact d’une rentrée progressive en maternelle (le principe est beau, mais vraiment nécessaire avec la majorité des enfants québécois qui connaissent depuis leurs premiers mois la routine de la garderie?). Sur quatre enfants, trois changeaient d’école. Le stress dans le piton pour eux, pour moi. Avoir essayé de combiner horaire de travail et rentrée scolaire cette année aurait été suicidaire.

Une organisation au quart de tour, les seize paires de chaussures achetées et identifiées (extérieures, intérieures, gymnase, service de garde… ça ne compte même pas celles d’extra, pour le look ou pour la température). Les sacs à dos étaient alignés dans les chambres depuis deux semaines, scellés : Ne pas ouvrir avant le 30 août. À vos risques et périls. Au temps et à la concentration que ça prend pour décortiquer toutes les listes scolaires… Il ne faudrait pas envoyer le cahier 32 pages avec interlignes 1,5 à la place du cahier 40 pages avec interlignes pointillés de 1,25…

Accompagner mon fils en classe pour une première heure de contact avec son enseignante, c’était de la petite bière. Ou du petit lait, pour être plus dans le thème. Mon rêve inavoué étant de passer ma vie sur les bancs d’école, j’ai eu peine à cacher ma joie d’être avec lui à son pupitre et de bricoler une couronne. Je jubilais de le voir si heureux, si épanoui. Au milieu du mini groupe d’enfants intimidés par l’école et s’efforçant de rentrer sous le tapis de la classe, mon petit bonhomme rayonnait. Il riait. Il jasait. Sans arrêt. Il était plus que prêt. C’est sûr qu’en tant que quatrième de la fratrie et petit dernier, il avait hâte de faire comme les grands.

Mais le second jour, au moment de le laisser pour deux heures aux bons soins de son enseignante, l’émotion est montée jusqu’à mes yeux. Fierté, sentiment du devoir accompli, joie, et peine de le voir grandir. Ben oui. Peine. Même s’il est rendu là et que je suis très heureuse pour lui. Je ne vivrai plus jamais de rentrée en maternelle (ce qui risque de me rendre la vie plus facile côté emploi!) Ok, peut-être si j’ai des petits-enfants. Mais ce n’est pas pareil. Ce ne sont pas les miens.

Si l’émotion est montée et redescendue en cascade sur mes joues, c’est aussi parce qu’après les dernières semaines occupées à penser à tout pour tout le monde (la fameuse surcharge mentale), je me sentais soulagée (et vidée). Mes quatre poussins étaient à l’école et moi, je me trouvais de l’autre côté de la clôture, hors de portée de mes enfants.

Tout le monde avait survécu à la rentrée, tout le monde avait passé un bel été et était prêt à retourner dans une routine scolaire pour les dix prochains mois. Et moi, je pouvais reprendre mes responsabilités « normales », sans penser au nombre de crayons HB à aiguiser, sans me demander si les étiquettes tiendront toute l’année, sans essayer de détecter l’angoisse dans les yeux de mes protégés avant qu’elle se rende à leurs poings.

Ce soir-là, je suis allée m’échouer sur un tapis de yoga. J’y ai laissé ma fatigue, mon anxiété, mon « court-partout » et mon « pense-à-tout ». Dans la position du cadavre, je suis tombée en état hypnotique, portée que j’étais par plus grand que moi. L’impression d’être arrivée à un port.

Nathalie Courcy

 



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