Tirer la couverte

Bien avant 8 h un matin de semaine et la plage est presque déserte…

Une marche en solitaire. Le sable humide qui croustille sous chaque pas. Le petit crochet pour éviter la vague taquine. Quelques joggeurs. Des couples de tous âges. La main enlaçant amoureusement… leur café.

Je marche toujours d’un pas rapide. J’aime marcher. Encore plus à la plage. Là où tout a le goût de la mer. Est la mer. Ma tête tente de se noyer. De se perdre. À l’infini de l’horizon. Un endroit public d’évasion. Qui ne devrait appartenir à personne. Ou totalement à tous.

J’aime bien le concept des Premières Nations. Tenter de vivre en harmonie avec ce qui nous entoure. Vivant ou non. Communiquer avec le vent, les arbres, les rivières.

Qu’il est alors impensable de vouloir se les approprier.

Cette plage, je la connais de mieux en mieux. Sur toute cette heure de marche. La section motelisée qui laisse place aux maisons louées. Évidemment, de moins en moins de gens. La langue qui change. Jusqu’à la rivière qui fait légère barrière. Qu’on peut traverser, si les idées sont encore trop prenantes.

Mon esprit d’enfant vagabonde. Cherche le trésor. Cette bague ou ce bijou. Perdu ou égaré volontairement… Quelques saluts retournés. Même si je constate la tendance. De moins en moins de cette attitude débonnaire. Le Good morning! donné sans attente. Sans doute disparu lui aussi avec l’effondrement des tours jumelles.

Presque au point de rebrousser chemin…

Des immenses bâches bleues. Une superficie au sol plus grande que celle de ma maison. Juste devant un passage d’accès à la plage. Un mur érigé hâtivement au petit matin. Un message clair. Évidemment, pas d’âme qui vive pour affronter mon incompréhension.

Une manière de crier. Moi! Un égoïsme qui fait frémir.

Oh, il avait déjà débuté depuis des années. Par le placement judicieux des chaises de plage. Une belle rangée. Une clôture. Un pipi de chien qui se voit bien.

Mon cerveau repart, où je tentais de le perdre. J’y réfléchis. Je vois le futur. L’idée reprise par la majorité. Ma marche en zigzaguant au travers des minces espaces laissés entre les toiles. Ces imbéciles qui devront se lever de plus en plus tôt pour gagner la course. L’autre qui devient un antagoniste. La tension.

Tout ça pour des vacances? Pour ce moment privilégié de se ressourcer. De débrancher. D’avoir des instants de zenitude…

Peut-être qu’ils devront se réglementer. D’autres directives imposées pour combler le vide. Celui de l’intérieur. De la tête et du cœur.

Avec l’âge, je rejette de plus en plus les principes de «croissance personnelle». Ceux submergés de Likes. De ce que je perçois, ça va très bien de ce côté. La satisfaction de ses besoins individuels. Le moi avant toi. Avant vous et parfois, même, avant nous.

Par simple culpabilité, le mauvais exemple est donné aux enfants. Ces petits rois. Qui resplendissent joyeusement de cette arrogance.

Volontairement incontrôlée. Une génération qui n’aura aucune difficulté à suivre. Jusqu’à ces marques de pas sablés sur ma serviette.

L’exemple nécessaire, je vais continuer de le donner aux miens. Respect des autres. Partager le bien commun. Ne laisser aucune trace.

Chacun doit faire sa petite différence. Se joindre à chacune des vagues. Ouvrir ses sens. Être là, maintenant. Goûter le bonheur.

J’espère que nous serons de plus en plus nombreux à propager ce plaisir solitaire, contre vents et marées…

michel

 



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