Ton premier chez‑toi

J’ai une jeune amie qui vient de quitter le nid familial pour habiter son premier logement. Je l’ai vue se questionner avant de se lancer. Je l’ai vue s’inquiéter et s’enthousiasmer. Elle a choisi son premier foyer de femme et s’y est installée en quelques jours. Jamais un deux-pièces ne lui aura semblé aussi libérateur, aussi significatif!

 

Je l’entends raconter ses anecdotes que j’ai moi-même vécues il y a bien longtemps. Le choix des premiers meubles, les premiers rideaux, la déco. L’envie d’inviter ses gens pour démontrer combien elle est bien installée. L’envie de prendre ses propres décisions jamais discutées. Elle est CHEZ ELLE.

 

Ton premier chez-toi, c’est important. C’est le premier pas de cette vie qui s’annonce devant toi, celle qui fera de toi une femme accomplie, petit à petit. Parfois, tu auras des doutes, des découragements, mais toujours, tu auras cette fierté d’y être arrivé!

 

Je me rappelle mon premier logement; je n’avais pas encore dix‑huit ans. Mon copain de l’époque, oui, alors nous n’avions rempli la demande de location qu’à son nom. Nous avions été refusés! En fait, IL avait été refusé! Je me rappelle mon indignation, croyant, dans mon habitude de révolte, à une injustice. Je me rappelle avoir écrit une lettre de deux pages au propriétaire de l’endroit qui se trouvait gérant d’une institution financière du quartier.

 

Je m’étais présentée à la succursale avec la ferme intention de défendre mon copain et de dire haut et fort mon désaccord face à ce refus. J’ai demandé à la réception de voir le gérant, on m’a annoncé qu’il n’était pas présent. J’ai donc demandé à avoir de quoi écrire. Vous commencez à me connaître un peu, mes amis, j’y suis allée de main forte!

 

Je ne pourrais pas vous réécrire ici cette longue plaidoirie… cela date de quand même « quelques » années (outch coup de vieux!). Mais je me rappelle avoir utilisé des mots comme « injustice », « je m’insurge », « inacceptable », « préjugés ». La lettre faisait deux pages bien remplies! Comme je retournais à la réception pour donner ma dissertation à la secrétaire, elle m’a lancé un sourire et m’a dit : « Attends! »

 

Un homme était derrière moi, elle lui a tendu ma « lettre », et lui m’a regardé tout sourire en me disant : « Je suis M…, le gérant ». Et moi, rouge comme une pivoine, mon zèle et mon courage se sauvant aussi vite que la chaleur montait en moi, j’ai répondu : « Et moi, je suis l’auteure de cette lettre! »

 

Il a regardé le texte vite fait sans le lire et m’a invitée à le suivre d’un geste gentil : « Venez mademoiselle, nous allons aller voir ça dans mon bureau. »  Je l’ai suivi, les jambes soudainement bien lourdes et ayant perdu mon grand courage.

 

Puis, il a lu ma lettre, mon indignation, mon cri à l’injustice, bref ma révolte étalée noir sur blanc avec des mots de politesse, mais des mots de colère et d’amertume. J’étais révoltée qu’on « nous » refuse cette location. Il a lu ma lettre… devant moi! Levant ici et là son sourcil blanc, esquivant un sourire que je jugerais aujourd’hui d’amusé. Quand finalement, il a levé les yeux vers moi, c’était pour me dire : « Quelle fougue! Félicitations mademoiselle Bernard, je vais vous faire signer le bail à vous et votre conjoint. » Il m’a expliqué qu’il avait d’abord refusé la location, car seul mon copain figurait sur la demande et que d’après ses calculs, seul, il n’arriverait pas à payer toutes ses dépenses. Mais là, en y ajoutant mes propres renseignements de revenus, tout allait bien aller.

 

Il avait raison : tout a très bien été, même si je me suis retrouvée à soutenir seule les coûts de ce premier logement. Il fut ma première réussite après un départ bien hâtif de « chez moi » à quinze ans.

 

Alors, toi, ma jeune amie, sois fière de toi! Profite bien de cette nouvelle liberté! Tu vas voir, tout va bien aller, ton départ était planifié et tu y es! CHEZ TOI. Tu as de quoi être fière et surtout, ne crains rien : avec une bonne planification, tout va aller merveilleusement bien!

 

Bon départ ma belle!

 

Simplement, Ghislaine!



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