Vivre avec un jeune adulte de 19 ans

Vivre avec un jeune adulte de 19 ans, ça m’épuise ! On dirait que toutes les valeurs qu’on a transmises à notre fils de dix-neuf ans se cachent très loin au fond de lui. On dirait qu’il n’y a que lui qui sait tout, qui connaît tout. Il rouspète à chacune des règles de la maison. Plus rien ne lui convient. Ce qu’il a toujours respecté a pris le bord ! Je suis gossante, fatigante…

Je ne comprends rien ! Selon ses dires, je n’ai jamais eu son âge, je n’ai jamais rien fait, je n’ai jamais eu de vie…

Il n’appelle plus pour nous dire qu’il ne viendra pas souper ou coucher. Si j’ose lui demander où il s’en va? Avec qui ? S’il pense venir coucher ? Si ça va bien ? S’il est en forme ? Je le gosse !

Sa chambre n’a jamais été aussi bordélique et il s’en fout. Moi pas ! Il me demande parfois d’aller l’aider à trouver un vêtement, qu’il a bien sûr cherché, mais sans résultats. Quand j’arrive, je le trouve tout de suite ! Bizarre ! Quand ses vêtements sont dans les tiroirs, il ne semble pas les retrouver. S’il ne les voit pas, c’est sûrement moi qui ne me suis pas mêlée de mes affaires.

Il pense que les tasses de café et les assiettes vont se rendre toutes seules sur le comptoir de la cuisine.

S’il prend quelque chose dans les armoires de cuisine, les portes restent ouvertes et les contenants restent sur le comptoir ou sur la table.

J’ai fait l’achat de cintres pour qu’il puisse suspendre ses vêtements. J’ai installé un rangement pour ses tonnes de souliers, même un vestiaire pour le rangement de tout son kit de soldat.

Ses vêtements traînent quand même sur les chaises de cuisine ou sur la table. Je retrouve parfois des bas dans le salon, devant la porte de la salle de lavage ou cachés derrière la porte de la salle de bain.

Il a toujours faim. Mais il n’est que très rarement présent lors des repas. Soit il dort soit il est parti avec ses chums. Mais lorsqu’il revient à quatre heures du matin, grrrrr ! Il mange les restants du souper ou le lunch que sa sœur s’est préparé pour son dîner du lendemain. Ou il se fait du macaroni au fromage. Je le sais, car lorsque je me lève, je peux savoir tout ce qu’il a fait ! Car tout est en bordel dans la cuisine.

Et il répète toujours qu’il n’y a rien à manger dans la maison.

Lorsqu’il prend sa douche, il laisse sa bouteille de shampoing dans le fond du bain, sa serviette dans le lavabo et ses bobettes par terre dans la salle de bain.

J’ai beau répéter, lui demander de se ramasser, de remettre les choses à leur place, de penser qu’il n’est pas tout seul, que nous sommes cinq en tout à vivre sous le même toit. J’aimerais tellement qu’il le fasse de lui-même. Ça viendra sûrement un jour !

Je dois lui rappeler que je ne suis pas la bonne de la maison. Au bout de quelques répètes, il va le faire en me disant que je capote pour rien. Pis que je tripe pas mal trop sur le ménage.

Parfois, je fais du chantage ! Ramasse-toi si tu veux conduire mon auto ! Ça fonctionne bien !

Il est beaucoup trop occupé à jouer au deck-hockey, à jouer au hockey sur glace, à s’entraîner, à sortir avec ses chums, à jouer au basket, à faire son jogging, à dormir pis à travailler. Ce n’est pas facile, la vie d’un jeune adulte.

Pis j’en ai deux autres de dix-sept ans qui le suivent de près. Ma fille est très autonome et responsable pour son âge, tandis que mon autre fils ressemble énormément au plus vieux. En réalité, je réalise à l’instant que les hommes de la maison sont pareils.

Et tant qu’à réfléchir, en écrivant ces mots pour me défouler un peu, je me suis rendu compte que moi aussi, je trouvais que ma mère était fatigante à cet âge-là. Je la trouvais gossante, moi aussi.

Je voulais être libre, autonome, je voulais prendre des décisions par moi-même, je voulais être indépendante et vivre ma vie comme je le souhaitais. Je voulais devenir une adulte. Je ne voulais plus être obligée de suivre les règles de mes parents.

C’est de cette façon que j’ai appris ! En m’objectant aux règles, en critiquant, en me faisant ma propre idée, en m’éloignant de mes parents, en voulant essayer de façon autonome à faire les choses. Je ne voulais plus qu’on me dise : tu dois faire ceci ou tu dois faire cela. Fais ceci, fais cela ! Apitchoum !

En fait, mon fils est têtu, comme sa mère dirait son père ! Il veut essayer par lui-même, il veut être libre, autonome et ne plus être sous les jupes de sa mère. Il doit se distancier de ses parents pour trouver sa propre identité. Pour devenir adulte, il doit passer par le rejet de l’autorité de ses parents. C’est comme ça que ça marche ! Françoise Dolto l’a dit !

Aujourd’hui, il me dit : « Je ne te parle plus, car tout ce que tu as à me dire, c’est de me ramasser. Tu ne me dis rien d’autre que ça ! »

Sur le coup, j’ai voulu à mon tour rouspéter, mais je me suis éloignée. Il n’avait pas tort !

Je dois arrêter de toujours lui dire de se ramasser. De faire attention lorsqu’il sort dans les bars, de mettre de la crème solaire lorsqu’il va en bateau. D’être prudent lorsqu’il part avec des amis en voiture, de ne pas boire trop de bières, de… C’est l’inquiétude qui me fait réagir ! Pourtant, je sais que c’est désagréable, je suis passée par là, moi aussi.

Nous devons trouver une nouvelle façon de cohabiter. Je dois surtout arrêter de trop le materner. Je veux trop ! Je n’ai pas le mode d’emploi pour mon adulte en devenir et ça me fait peur ! Peur de briser notre relation.

Mais il doit faire ses propres expériences, ses propres choix. Même si cela m’inquiète et me fait peur. Je ne peux rien y faire ! Nous lui avons transmis de belles valeurs, nous lui avons donné une bonne éducation.

Je crois qu’il a tout ce qu’il faut pour devenir un ADULTE. Faut juste que j’accepte qu’il a grandi, vieilli et que malgré tout, il sera toujours mon fils, mon bébé, ma p’tite face de pouet.

Si tu as la chance de lire ce texte, sache que je t’aime beaucoup et que je suis fière de toi !

Line Ferraro



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