Vivre avec une maladie invisible

Dernièrement, lorsque j’effectuais mes courses, une dame a démarré une conversation en me posant des questions sur mon chien d’assistance. En découvrant le fait que j’étais un vétéran, elle a été toute surprise, car elle aussi est vétérane. Elle ne savait pas qu’il existait un soutien comme cela pour nous qui sommes atteints du trouble de stress post-traumatique (TSPT).

C’est alors qu’elle m’a demandé quel était mon métier. Sans aucune gêne, je lui ai répondu que j’étais un commis ayant fait trois missions, dont une en Afghanistan. Puis elle m’a mentionné qu’elle avait effectué un métier de support elle aussi pendant vingt ans. Mais elle ne pouvait pas s’empêcher de me dire qu’il y avait des gens qui profitaient du système, etc. Pour finir, elle m’a dit qu’elle était contente pour moi que Théra, ma chienne, me fasse du bien. Je voyais bien avec toutes ses questions qu’elle essayait de peut-être porter un jugement dans sa tête. Son non-verbal me parlait aussi.

J’aurais voulu lui dire à cette dame que le TSPT ne s’attaque pas seulement aux militaires qui font partie des armes de combat. Non plus seulement à ceux qui vivent des situations de combat ou qui sautent sur des mines. Qu’il n’est pas essentiel non plus d’être un militaire pour être atteint de cette blessure. Des policiers, des ambulanciers et monsieur et madame tout le monde peuvent être atteints de cette blessure invisible. J’aurais même pu lui dire qu’elle pourrait vivre un événement traumatisant un jour et être atteinte de cette blessure.

Je n’ai pas voulu commencer à lui expliquer. Pourquoi? Car toutes les semaines, je devrais le faire plusieurs fois du fait que les gens me questionnent. Je dois vous avouer que ça devient épuisant pour moi de toujours répéter la même chose. Mais je vois bien que ce sujet est tabou et que les gens ne sont pas informés. De plus, ceux qui en souffrent la plupart du temps souffrent dans l’ombre en se renfermant sur eux‑mêmes en ayant peur des préjugés. Croyez-moi, je sais que beaucoup souffrent dans l’ombre… Mais moi, je n’ai pas peur d’être jugé. J’ai tellement souffert que je dis aux gens ce qu’est ma blessure quand ils me posent la question.

Nous sommes tellement nombreux à vivre avec une blessure ou une maladie invisible que vous n’avez aucune idée de l’ampleur. Pensez-y un instant. Les gens qui vivent une dépression. Juste là, on vient d’atteindre beaucoup de gens. On va passer aussi toutes les maladies mentales, car là aussi, beaucoup de personnes en sont atteintes, encore plus que vous pensez. La colite ulcéreuse et la maladie de Crohn qui sont toutes les deux des maladies incurables et qui prennent beaucoup d’ampleur au Québec.

Voulez-vous que je vous nomme toutes les blessures et maladies invisibles? Non, oubliez cela, cher public. Ce que je peux vous dire par contre, c’est que beaucoup de gens autour de vous en souffrent et vous ne le savez pas. Beaucoup d’entre eux doivent même faire face à des préjugés et ils n’ont pas la force que je possède. Ils n’ont plus de force pour se défendre, car ils se sentent détruits à l’intérieur par le fardeau de la maladie qu’ils ont à supporter. Beaucoup se forcent à vous faire un sourire pour vous cacher ce qu’ils vivent.

J’ai une proposition à vous faire. Au lieu de leur poser des questions pour qu’ils se sentent inconfortables, pourquoi ne pas leur offrir de l’aide sans être trop indiscret? Je suis certain que donner au suivant pourrait faire la différence. J’ai un ami qui m’a proposé de joindre un groupe l’hiver passé. Cela m’a donné un souffle de vie. Chaque mardi soir, je reviens chez moi de ma rencontre et je suis heureux.

Soyez à l’écoute, créatif et je suis certain que vous trouverez une solution qui changera la vie de quelqu’un que vous appréciez.

Carl Audet



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