Elle s’appelait Fanny

Elle s’appelait Fanny.

Elle avait trente ans.

Elle était éducatrice à l’école de mes enfants.

Et elle est morte.

Noyée.

Un bête accident, probablement.

Par un magnifique dimanche ensoleillé qui sentait la fin d’année scolaire, le déconfinement et les nouveaux projets.

Une rivière, un bateau, du plaisir.

Avec tout ça vient un certain risque. Le risque de l’eau qui avale. Et qui tue.

Aux nouvelles, une jeune femme portée disparue dans la région. Recherchée par les équipes de sauvetage pendant 24 heures. 48 heures. Puis retrouvée. Trop tard.

Son nom révélé quelques heures à peine après la dernière cloche de l’année scolaire.

Sa photo aux nouvelles. Son sourire qui nous a rassurés toute l’année, même quand mes enfants lui avaient fait la vie dure toute la semaine. Son regard joyeux et intelligent qui enveloppait les enfants autant que les parents. Sa jeunesse qui la rendait si dynamique, si passionnée, prête à tout pour aider ses poussinots à s’épanouir. Tout ça s’est éteint en une fraction de seconde. Tombé à l’eau. Touché coulé.

Il me restera d’elle sa volonté infinie de trouver des solutions pour aider mes cocos. Son désir immense de marcher en équipe avec les parents et l’équipe-école dans la même direction, pour le bien-être des enfants. Cette capacité de ne jamais nous faire sentir mal ou coupables quand nos enfants dérapaient, et de nous faire sentir hyper fiers dès qu’ils progressaient.

Il me restera d’elle, aussi, la conviction qu’il faut toujours dire merci. Pas juste parce que c’est poli. Mais surtout parce qu’un « merci » fait du bien à celui qui l’exprime et à celui qui le reçoit.

Quelques jours avant sa dernière promenade en bateau, j’ai écrit à Fanny pour la remercier d’avoir si bien accueilli mes enfants, de les avoir accompagnés depuis septembre. Je lui ai souhaité de vivre une belle transition vers les nouveaux horizons professionnels qui l’attendaient après l’été. Une nouvelle vie… Qui aurait pu deviner que la transition serait si abrupte…

Quelques jours avant sa dernière promenade en bateau, mes cocos lui ont donné des cartes et des dessins pour la remercier. Je revois encore ce dessin d’un grand bonhomme allumette qui tient un petit bonhomme allumette pour l’aider « à reprendre ses esprits », comme m’avait dit mon garçon. C’est ce qu’il a retenu de Madame Fanny.

Le choc est grand devant sa mort. La peine est grande pour nous, et je n’ose même pas imaginer celle de ses enfants, de sa famille, de ses amis, de ses collègues.

Mais au moins, nous n’avons pas le regret de ne pas avoir dit merci. Nous lui avons souvent exprimé notre gratitude et l’amour humain que nous avions pour elle. Ce sera maintenant un amour angélique et une reconnaissance éternelle.

Nathalie Courcy



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